Dominique Trottier, journaliste et écrivain

Bonne année 2016 à Mwenze, malgré...​ tout ce qui ronge son pays, qui ne s’occupe pas de lui.

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Dominique Trottier - Kinshasa -  29 / 12 / 2015


Vous avez été nombreux à m’écrire après la parution de ma chronique du 25 décembre, sur l’expérience troublante que j’ai vécue lorsque des enfants bien habillés m’ont assailli pour m’arracher des petits cadeaux que je réservais aux « plus pauvres des plus pauvres ».  

Plusieurs d’entre vous ont surtout été émus par la photo de Mwenze, ce garçon incapable de sourire, ne portant qu’une sandale, qui s’est mis à m’envoyer avec les pieds la petite balle que je lui avais offerte, comme un ballon de foot (soccer). C’est d’ailleurs pourquoi je vous montre une autre photo de lui, à droite, en train de s’exécuter dans la ruelle.

À l’approche de 2016, la première personne à qui je veux souhaiter une bonne année (après mes enfants évidemment) est Mwenze : ce garçon dont je ne connais pas l’histoire, mais qui le jour de Noël 2015 semblait porter tous les malheurs de son pays sur ses frêles épaules. Un pays, la RDC, qui ne s’occupe d’aucune façon des enfants comme lui : un pays qui les abandonne au plus triste des sorts.

Après avoir lu mon texte, un collègue congolais (Emmanuel) a écrit ce qui suit et qui m'a aidé à bien comprendre ce que j'avais de la difficulté à saisir auparavant, compte tenu de la bonne nature de la plupart des Congolais au premier abord : « Le problème du Congo, c'est celui du serpent qui se mord la queue. Les dirigeants ne sont pas des extraterrestres. Ils sont issus de la population. Mais la population congolaise est peu encline à se soucier des autres. Nous avons basculé dans une forme de société qui n'est ni communautariste (pas comme on l'entend en France), ni individualiste. Les Congolais, majoritairement Bantu, vivent en société mais à un niveau un peu restreint. On ne fait du bien qu'à ses proches. On n'étend pas la communauté à ceux qui sont en dehors du cercle de nos familles et amis. Ce qui fait qu'une fois au pouvoir, seuls ceux-là bénéficieront de vos grâces. Le reste de la population est virtuellement très éloignée : on soupçonne à peine son existence. On accuse beaucoup nos dirigeants d'incompétence, je ne pense pas que ce soit le cas de tous. Le problème c'est que leur notion de la communauté n'inclut que le peu de gens qu'il y a autour d'eux. La solution, une campagne de civisme massive et permanente. ».

Je souhaite aussi une très belle année 2016 à Emmanuel et à toute sa famille !!! Aujourd’hui au boulot, nous avons eu un petit désaccord, lui et moi. Si j’en parle dans cette chronique, c’est pour souligner le fait qu’on ne doit pas taire nos différends, mais qu’on peut les régler convenablement lorsqu’il y a une réelle bonne volonté de chacun des côtés. Et c’est ce que je souhaite à la RD du Congo pour 2016. Une réelle bonne volonté de tous les acteurs politiques et sociaux, pour en arriver à des solutions qui soient profitables pour l’ensemble de la population. Et l’ensemble de la population, ça comprend des millions d’enfants comme Mwenze.