Dominique Trottier, journaliste et écrivain

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    Je me promène au bord du Loch Ness avec mon père, Gilbert. Le temps est maussade, une épaisse brume flotte au-dessus de l’eau. Je suis furieux : je lui reproche de ne pas s’être occupé de moi. Je le pousse dans le Loch, et il est aussitôt attaqué par une énorme créature, qui ne restitue pas son corps. 

Le Tour du monde en 80 femmes

© Dominique Trottier, Éditions Globe-trotter, 2016
Tous droits réservés


ISBN (version imprimée) : 978-2-9816024-0-4
 ISBN (version numérique) : 978-2-9816024-1-1

    Je me réveille en sursaut, trempé. J’entends Jessica et Gail bavarder en préparant le petit déjeuner. Je suis déçu, j’aurais espéré que Jess vienne me rejoindre en douce durant la nuit. Son intérêt pour moi est peut-être plus limité que je ne le croyais. Ou peut-être était-elle trop frustrée que je l’aie appelée Jennifer.

    Quoi qu’il en soit, elle m’accueille dans la cuisine avec un sourire. Son regard pétille, elle me donne un baiser pudique sur la bouche. Nous déjeunons dans la salle à manger, dont la vitrine offre une vue spectaculaire. Ce matin, la brume au-dessus du loch est aussi dense que dans mon cauchemar. J’ai peu faim : je me force cependant à manger par courtoisie, parce que le plat est élaboré et copieux. Deux œufs, saucisse, boudin noir et tattie scones, un genre de crêpe frite à la farine de pommes de terre.

    Gail insiste pour m’en resservir, je lui fais signe que je ne peux plus en prendre. Elle fait fi de mes protestations. Richard est de bonne humeur, il promet de m’emmener pour une promenade en kayak sur le loch, si la brume se dissipe plus tard. Il précise qu’elle stagne parfois ainsi pendant des jours.

    Entre-temps, j’utilise l’ordinateur familial pour consulter mes courriels. Depuis mon départ de Montréal, je n’ai donné de nouvelles à personne. En accédant à mon compte, je découvre que j’ai reçu 30 nouveaux mails au cours de la dernière semaine. Plusieurs de ces messages proviennent de ma tante Nathalie, la sœur cadette de Gilbert. J’ouvre le dernier en date, qui a été envoyé durant la nuit.

    Fred, je t’en supplie, réponds-moi. Je veux que tu m’écrives, je veux savoir si tu es toujours en vie. La disparition de Gilbert nous affecte tous, et ton silence ne fait qu’empirer les choses. Pour l’instant, la police ne te considère pas comme un suspect. Par contre, on m’a dit que plus tu tarderas à te manifester, plus les soupçons se tourneront vers toi. Je sais que la relation avec ton père n’était pas celle que tu aurais souhaitée. Je te comprends, il n’a pas été présent pour toi. Mais je t’en prie, donne de tes nouvelles. Bisous, Nathalie

    Je relis le message pour être sûr de tout comprendre. Puis je lis les courriels envoyés précédemment pour compléter l’histoire. Nathalie m’a envoyé un premier message le lendemain de mon arrivée à Londres pour m’informer que Gilbert était introuvable depuis plus de 48 heures. Dans les courriels suivants, elle me tient au courant de l’enquête policière et des démarches entreprises pour le retrouver. Elle m’a notamment écrit que la police veut m’interroger. D’ailleurs, j’ai aussi reçu un message de la sergente-enquêtrice Jocelyne Barré, de la Sûreté du Québec, qui me demande de la contacter dès que possible.

    Plus j’en lis, plus mon esprit s’engourdit, comme s’il voulait se protéger. Je compose un message afin de rassurer Nathalie. « Désolé de ne pas avoir pu te répondre avant, c’est la première fois que je consulte mes courriels depuis mon départ. Je vais bien, mon voyage se déroule sans problème. J’ai rencontré des gens intéressants. Pour ce qui est de la disparition de Gilbert, je ne sais pas quoi t’écrire. Comme tu le sais, j’ai coupé tout contact avec lui il y a plus d’un an, après les funérailles de ma mère. Je n’ai aucune idée de ce qui a pu lui arriver, pour moi il est comme un étranger. Je ne comprends pas pourquoi la police veut m’interroger ou pourrait me considérer comme un suspect, je ne sais rien et je n’ai rien fait. Je vous souhaite du courage à toute sa famille, dont je ne fais pas réellement fait partie. Fred xx »

    Nathalie est la seule parmi les cinq frères et sœurs de Gilbert qui m’ait déjà démontré de l’intérêt. Après le divorce de mes parents, elle a maintenu un lien avec moi en m’invitant tous les étés à passer quelques semaines chez elle, à Montréal, où elle travaillait — et travaille toujours — comme gardienne de prison. Célibataire endurcie, elle m’accordait lors de ces séjours beaucoup d’attention et d’affection. Avec elle, j’ai découvert l’urbanité cosmopolite, j’ai appris qu’il existait d’autres univers en dehors du mien, à Trois-Rivières.

    Jessica me soustrait à mes pensées en massant mon cou et mes épaules. Je ne veux rien lui dire en ce qui concerne la disparition de mon père. D’un ton coquin, elle m’invite à aller marcher dans la nature. Avant de partir, je me douche et je m’assure d’avoir des condoms en poche.

    À l’extérieur, l’air est doux, même si le loch est toujours nimbé de brume. Il règne une odeur réconfortante de bois humide et de feuilles mouillées. Nous longeons d’abord la petite route par laquelle nous sommes arrivés — un ancien chemin de bergers — pour ensuite bifurquer dans un sentier forestier, en pente montante. La végétation de feuillus et de conifères fait graduellement place à une lande de lichens et de bruyères violacées. Des moutons broutent sans se soucier de notre présence. Nous nous dirigeons vers le sommet d’une colline pierreuse. La vue y est exceptionnelle, avec une perspective globale sur le loch enfumé et les environs. Nous apercevons au loin, sur l’autre rive, les ruines du château d’Urquhart.

    Jessica me raconte qu’elle venait ici, plus jeune, quand elle voulait fuir ses parents ou se sentir seule au monde. Elle se cachait parfois derrière une paroi rocheuse, en contrebas, pour être certaine que personne ne l’observe à distance. Elle m’y entraîne, nous nous embrassons passionnément. Je commence à déboutonner sa blouse par le haut, mais elle m’arrête abruptement.

    — Freddy, avant d’aller plus loin, je dois te dire… Je veux rester abstinente avant le mariage.

     Je reste bouche bée. Elle brise cet inconfortable silence.

    — Ça te dérange ? 

    —  Un peu… 

    — Dieu est très important pour moi, et je ne veux pas le décevoir.

    Je prétends que je la comprends, ce qui est totalement faux.

    — Je veux me réserver à l’homme de ma vie, affirme-t-elle.

    Ce ne sera certainement pas moi, mais je juge plus sage de me taire.

    — On peut quand même s’amuser, qu’elle ajoute avec entrain en déboutonnant sa blouse.

    Ragaillardi par cet encouragement, je caresse ses petits seins pointus par-dessus son soutien-gorge et j’y glisse une main pour découvrir et lécher un mamelon durci. Je mordille délicatement le bout de son téton; elle geint. Puis elle me pousse et se dévêt totalement le torse. Autour de ses minuscules aréoles rosées, sa peau est d’une blancheur évoquant la pureté. Je brûle d’en asperger ma semence. Je prends sa main pour la conduire dans mon short. Elle résiste. Je devrai me branler seul, plus tard.

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     De retour chez Gail et Richard, je retourne consulter mes courriels, après un passage prolongé à la toilette. Nathalie m’a déjà répondu.


    Fred, je suis soulagée d’avoir de tes nouvelles, mais je suis fâchée par ton attitude. Tu n’as pas l’air de te rendre compte que nous vivons actuellement les moments les plus atroces de notre vie. Il n’y a rien de pire que d’apprendre qu’un être aimé est disparu, sans savoir ce qui lui est arrivé. L’attente est invivable. Je n’en dors plus. Ta sœur et sa mère sont dévastées. Le fait que tu réagisses si froidement me peine. Je pensais que je te connaissais… En réalité, je ne sais pas vraiment qui tu es. Quand la police m’a dit que c’était suspect que tu aies quitté le pays peu de temps après la disparition de Gilbert, j’ai pris ta défense, j’ai dit que tu ne ferais jamais de mal à qui que ce soit. Aujourd’hui, je ne sais plus. Réagis-tu ainsi seulement par égoïsme et inconscience ? Ou as-tu des choses à te reprocher ? Si tu es responsable de la disparition de ton père, je t’en supplie, rends-toi à la police. Nathalie

Chapitre 6 - Nathalie