Dominique Trottier, journaliste et écrivain

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La RD du Congo ne se meurt pas, elle est plus vivante que jamais !

Dominique Trottier -  Kinshasa - 25 / 10 / 2015

Cette semaine, une amie Facebook a commenté le premier article de ce blogue en écrivant en toute bonne foi : « Ahhh le Congo, cet endroit qui se meurt... un endroit qu'on oubli surtout. Pourtant il mérite toute notre attention ». Certes, il mérite notre attention. Mais il ne se meurt pas, au contraire.

Après une sanglante guerre civile et des millions de morts, le pays remonte lentement mais sûrement la pente. Il est encore l’un des pays les plus violents du monde; les inégalités sont immenses et choquantes;  mais jamais auparavant n’avais-je vu autant de vie qu’ici, à Kinshasa.

Compte tenu du climat et de la pauvreté, la plupart des gens vivent constamment à l’extérieur, pour le meilleur et pour le pire. De nombreux petits commerçants passent leurs journées et leurs soirées derrière leurs kiosques au bord des rues à papoter avec les passants, leurs amis, la famille et leurs clients. On s’entasse à 20 ou 30 personnes pour regarder le foot sur une vieille télé appartenant à l’un d’entre eux. Pour ces gens, la solitude est une abstraction.

Les enfants, source d’espoir, sont aussi omniprésents. Peu importe leur condition, ils égaient les rues de leurs rires, de leurs sourires. Ils ont de qui retenir : la plupart de leurs aînés s’efforcent de rire et sourire en toutes circonstances. Difficile alors de lire leurs véritables pensées et sentiments. En contrepartie, cette attitude allège « l’atmosphère sociale », qui pourrait devenir extrêmement lourde si tous se laissaient abattre par les nombreux malheurs et traumatismes qu’ils ont à surmonter. Ici, sourire ce n’est pas un luxe, c’est une question de survie.

En écrivant cette chronique, mon intention n’est pas d’être jovialiste ou moralisateur. Je veux seulement remettre certaines pendules à l’heure sur la vision erronée et misérabiliste que nous avons parfois des réalités africaines en Occident. À bien des égards, de nombreux Africains pourraient également avoir « pitié » de nous, notamment en ce qui concerne l’isolement social et le vieillissement de nos sociétés. Récemment, nous avons appris que les plus de 65 ans sont maintenant plus nombreux que les moins de 14 ans au Canada. N’est-ce pas cela, au fond, un pays qui se meurt ?

Photo : Dominique Trottier

J'ai pris cette photo à une rue de chez moi, dans un local sans porte qui sert d'église. Je m'y suis déjà arrêté quelques fois. Ces beaux enfants de 3 ans, de familles pauvres, y apprennent l'A-B-C aux sens propre et figuré. Ils m'appellent "Papa Dominique"... Ici, les mots "Papa" et "Maman" remplacent "Monsieur" et "Madame", en plus affectueux.