Dominique Trottier, journaliste et écrivain

Votre «humble serviteur» au travail dans la salle de rédaction de Radio Okapi, au Quartier Général des Nations Unies à Kinshasa. 

Photo : Dominique Trottier

À l'avant-plan : Babel, l'une des présentatrices de nouvelles de Radio Okapi, dans un studio à Kinshasa.

Le site web de Radio Okapi.  http://www.radiookapi.net/

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​Radio Okapi : le seul média impartial en RD du Congo doit assurer sa survie

Dominique Trottier  - Kinhasa - 01 / 11 / 2015

«Tout le monde écoute Radio Okapi au Congo : c’est le seul média qui donne des informations fiables dans tout le pays.» C’est la phrase que j’ai le plus souvent entendue depuis mon arrivée à Kinshasa, comme coopérant de Cuso International, pour la radio financée par les Nations Unies.

Mon rôle ici est notamment de conseiller la direction et l’équipe web dans l’amélioration du contenu du site Internet, par lequel passe inévitablement l’avenir de Radio Okapi. Je prépare aussi des formations que je donnerai aux journalistes au cours de la prochaine année pour renforcer leurs compétences, notamment en multimédia, et faciliter l’intégration de la radio et du web.

Déjà, l’équipe de Radio Okapi est composée d’excellents journalistes, plus d’une centaine dans tout le pays. Depuis 2002, ils ont su remplir leur mission avec rigueur, professionnalisme et indépendance, parfois en risquant leur vie. D’ailleurs, certains d’entre eux ont été lâchement assassinés.

Mon mandat s’inscrit dans un contexte complexe et délicat.  La MONUSCO (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RD Congo) se retire progressivement, puisque le calme est revenu dans la majorité du pays, même si des milices continuent à combattre et terroriser la population dans certaines régions de l’est. De plus, le gouvernement réclame le retrait complet de la MONUSCO, ce qui pourrait survenir à moyen terme. À partir de ce moment, il n’y aurait plus de financement ni de protection de l’ONU pour que les journalistes de Radio Okapi continuent leur travail essentiel à l’établissement d’une démocratie réelle dans ce pays.

En théorie, des élections doivent avoir lieu à la fin de 2016. Le président, Joseph Kabila, ne peut se présenter pour un troisième mandat selon la constitution actuelle. Si tout se passe comme prévu (ce qui n’est pas assuré), il s’agira de la première transition démocratique du pouvoir de l’histoire de ce pays. Mais une élection véritablement libre et démocratique est impossible sans des médias qui rapportent aux citoyens l’information de façon indépendante et impartiale.

Différents modèles sont actuellement envisagés pour assurer la survie de Radio Okapi lorsque la MONUSCO se retirera. Dans plusieurs pays du monde, une radio aussi populaire n’aurait aucun problème à survivre en tant que radio privée grâce à la publicité, avec environ 22 millions d’auditeurs. Mais ici, les compagnies ne sont pas prêtes à payer autant d’argent qu’à l’étranger pour joindre une population majoritairement pauvre qui n’a pas les moyens d’acheter les produits. De plus, en se basant uniquement sur la publicité nationale dans le contexte politique du Congo, les risques de perte d’indépendance journalistique sont très grands.   

Il existe tout de même des solutions possibles : mais je réserve mes conseils à la direction de Radio Okapi. Si jamais vous avez des idées, n’hésitez pas à m’écrire.